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Il aimait Georgette. Mais Bérénice était son secret. La poésie de sa vie. Cette chose non accomplie… Combien de fois, à des moments de décision, s’était-il demandé ce que Bérénice penserait de ce qu’il entreprenait de faire ? Il convenait avec elle. Il aurait craint de lui paraître au-dessous de cette très haute idée de lui-même qu’il lui prêtait, dans la légende de leur amour. Georgette était l’amour de sa maturité. Mais Bérénice était l’unité de sa vie, sa jeunesse, ce qui survivait en lui de sa jeunesse. Quand il y réfléchissait, il s’apercevait qu’il ne l’avait connue, vue, qu’un peu plus de deux mois. Ces deux mois-là pourtant étaient toute sa jeunesse, ils avaient chassé tout le reste de sa jeunesse. Ils avaient régné sur tout le reste de sa vie.
D’après Louis Aragon, Aurélien, 1944.