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Cristóbal n’avait pas cinq ans quand il sut lire. Cette découverte canalisa son énergie. À dix ans, il était toujours enfoui jusqu’aux épaules dans un livre, le regard baissé, le menton collé au torse, absorbé par sa lecture. Il se fascina pour les récits des aventuriers qui avaient autrefois débarqué en Amérique.
Sa voracité l’incita à en apprendre davantage sur un monde qu’il croyait être le sien, celui de ses ancêtres, celui de son sang. Ces lectures le poussaient vers des plaines et des rivières qui ont la forme des salamandres, vers des marais où l’on disait que les poissons avaient des écailles en or et où les arbres poussaient à l’envers.
Mais quand il levait les yeux, Cristóbal ne voyait qu’un pavillon de banlieue, une arrière-cour de pierres. Ses livres sentaient la mangue et les bougainvilliers, sa vie avait l’odeur du platane de la rue.
D’après Miguel Bonnefoy, Le rêve du Jaguar, 2024.